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Accès à Internet (archives)

Deux chercheurs de Montréal ont tenté de comprendre le comportement des internautes en se servant de la théorie de la sélection naturelle de Darwin.

Des chercheurs montréalais montrent que les internautes utilisent les mêmes « outils » que Cromagnon pour naviguer dans Internet.

Philippe Stenstrom et son frère Éric ont étudié l'un des deux volets essentiels de la théorie de l'évolution: la sélection sexuelle.

« Les différences entre les hommes et les femmes, associées aux fonctions de reproduction, influent fortement sur nos perceptions de l'environnement, sur notre façon de communiquer et même sur notre manière de nous déplacer », signale Philippe Stenstrom.

Les deux chercheurs avaient posé l'hypothèse générale suivante: les attitudes et les stratégies auxquelles les hommes et les femmes ont recours quand ils naviguent sur le Web sont différentes.

Sélection sexuelle?

Dans un premier temps, ils ont parcouru la littérature sur les principales différences cognitives reconnues entre homme et femme:

  • sens de l'orientation
  • mémoire des lieux et des objets
  • habiletés langagières
  • perception des couleurs, des formes et du mouvement

Selon la théorie de la sélection sexuelle, ces différences révéleraient des habiletés liées aux tâches masculines de chasseur et féminines de cueilleuse. Les femmes se servent davantage des repères visuels dans leurs déplacements et sont plus attentives aux couleurs et aux formes. Ce sont des atouts pour la cueillette. Les hommes, qui parcouraient de plus grandes distances pendant la chasse, se fient à leur « boussole interne » pour s'orienter et sont à l'affût des objets en mouvement.

Ces fonctions, croient les deux chercheurs, peuvent expliquer les différences entre les sexes observées plus ou moins fortuitement dans des travaux sur l'usage d'Internet. Ces travaux montrent, par exemple, que les femmes préfèrent les menus déroulants ou détaillés (les repères visuels) à l'ouverture de pages successives (qui nécessitent une projection mentale). Les sites aux couleurs chatoyantes les attirent plus que les hommes. Ces derniers sont tentés par les figures ou objets animés et par les effets de clignotement.

« Dans Internet, les hommes ont donc tendance à se servir de leur boussole interne tandis que les femmes privilégient les objets de l'environnement. » — Éric Stenstrom

Un test pour prouver leur hypothèse

Les deux étudiants ont conçu un test pour formuler et vérifier leurs propres hypothèses. Ils ont demandé aux participants de retrouver un livre dans deux sites bibliographiques. Le premier offrait un menu détaillé et le second présentait des liens thématiques vers cinq niveaux de pages successives.

Les deux chercheurs avaient raffiné leur hypothèse ainsi:

  • les femmes retrouveraient le volume plus rapidement avec le menu détaillé;
  • les hommes seraient plus performants sur le site des pages successives;
  • les femmes seraient plus désorientées en navigant dans les pages successives que dans le menu détaillé.

Des résultats mitigés

Les résultats confirment une partie de l'hypothèse principale: les hommes ont été deux fois plus rapides que les femmes à s'orienter dans le site construit avec des pages multiples. Ils ont trouvé le livre en 3,5 minutes contre 7,5 pour les femmes.

Toutefois, la seconde hypothèse formulée à propos de la performance des femmes dans ce site n'a pas été vérifiée. Elles n'ont pas été plus désorientées que les hommes en naviguant sur ce site.

La deuxième partie de l'hypothèse principale ne s'est pas vérifiée, non plus. Les participants des deux sexes ont mis le même temps moyen, 8 minutes, pour repérer le livre dans le menu détaillé.

Explication des résultats

Selon Éric et Philippe Stenstrom, la simplicité de la tâche pourrait expliquer ces résultats mitigés. Malgré cela, ils sont satisfaits de l'expérience.

« Même si la tâche présentée était très simple, nous avons montré pour la première fois que les hommes sont plus rapides dans un type particulier d'environnement Internet. Ce résultat est cohérent avec le fait que les hommes se servent de leur boussole interne davantage que les femmes. Encore aujourd'hui, notre passé ancestral influe sur la manière dont nous naviguons sur Internet. » — Philippe Stenstrom

Les deux chercheurs veulent poursuivre ces travaux avec des tâches plus complexes.

Philippe Stenstrom, étudiant au doctorat en psychologie de l'Université de Montréal, et Éric Stenstrom, étudiant au doctorat en marketing à l'Université Concordia, ont publié les résultats de leur recherche dans le numéro de juin du magazine IEEE Transactions on Professional Communication.